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ŒDIPE, DE VOLTAIRE  
    Revue de presse...
  mise en scène Jean-Claude Seguin
scénographie Charlotte Villermet
création sonore (musique, chœur) Andrea Cohen
costumes Florinda Donga
création lumières Hervé Bontemps

avec
François Chodat, le Grand Prêtre et Phorbas
Luc Ducros, Dimas et Araspe
Marie Grudzinski, Jocaste
Antoine Herbez, Philoctète et Icare
Vincent Domenach, Œdipe (création du rôle, Jean-Édouard Bodziak)
Juliette Wiatr, Égine

spectacle réalisé grâce au soutien de la Ville de Ferney-Voltaire, du Conseil régional Rhône-Alpes, des Conseils généraux de l’Ain et de l’Orne, de la Communauté de communes du Pays de Gex, et de l'ODIA Normandie

Visuel Ville de Ferney-Voltaire
Crédit photos Fanny Vambacas, Béatrice Larre

 
 

 



ŒDIPE, 1718-2012


La vigueur de l’écriture, la nervosité de l’intrigue, la montée implacable de la tension, la thématique brûlante de la pièce, tout, dans Œdipe, concourt à la modernité du propos.


ALLEGRO VIVACE

Un rythme enlevé, un montage presque cinématographique, des scènes comme prises à la volée et qui s’achèvent en suspens : écrite dans un style nerveux, direct, cette pièce limpide de bout en bout, étonnamment accessible, est l’œuvre d’un jeune homme insolent et fougueux, qui craint par-dessus tout l’ennui. Le suspense, haletant, est celui d’un thriller.


UN ACTE DE NAISSANCE

Emprisonné onze mois à la Bastille pour propos irrévérencieux envers le Régent, le jeune Arouet a tout le temps de peaufiner sa première pièce. Dès sa création en 1718, elle connaît un véritable triomphe et rend célèbre, du jour au lendemain, un dramaturge de vingt-quatre ans qui, lors de sa publication, prend le pseudonyme de... Voltaire. Œdipe, jamais jouée depuis 1852, fut la tragédie la plus jouée tout au long du XVIIIe siècle.


UN VOLTAIRE INATTENDU

François Marie perdit sa mère à l’âge de sept ans et se plut à dire que le sieur Arouet n’était pas son vrai père : lorsque l’enquête policière se mue pour Œdipe en une quête d’identité, on a le sentiment que, sous sa peau, coule directement le sang de l’auteur : « Mais qui suis-je, grands dieux ? » D’où la dimension intime, brûlante, passionnelle de la pièce qui, écrite sous le signe de Corneille, mais aussi de Shakespeare et bien sûr de Sophocle, échappe au classicisme dont, plus tard, Voltaire se réclamera. A mille lieues du code de la bienséance, avec ses retournements et ses fausses identités démasquées, elle semble annoncer le drame romantique.


UN CONTE CRUEL POUR AUJOURD’HUI

La peste sévit à Thèbes, avec son cortège d’anarchie et de morts. Pour y mettre fin, les dieux exigent que l’on « connaisse et punisse » le meurtrier de Laïus. Confronté à une situation extrême, qu’il s’agisse du sida, de la guerre ou de la crise économique, le groupe réagit toujours de la même façon : par l’exclusion et la recherche de boucs émissaires. Le lynchage n’est jamais loin. La tragédie de Voltaire parle en ce sens, pleinement, de notre temps. Prenant pour cible à la fois le pouvoir monarchique (« Un roi pour ses sujets est un dieu qu’on révère. / Pour Hercule et pour moi, c’est un homme ordinaire ») et religieux (« Nos prêtres ne sont pas ce qu’un vain peuple pense. / Notre crédulité fait toute leur science »), certaines tirades furent, à l’époque, acclamées par le public. Dans la lecture que nous en faisons aujourd’hui, plusieurs fils apparaissent, tout aussi riches de sens et de couleurs en 2012 qu’en 1718, date de la création d’Œdipe : tandis que le grand prêtre incarne l’arrogance d’un clergé qui, s’interposant entre des humains crédules et des dieux sanguinaires, tend à régenter la société civile, la quête de soi qui pousse Œdipe à élucider le mystère de ses origines acquiert aujourd’hui, avec l’essor de la psychanalyse, mais aussi les nouvelles techniques de fécondation ou le recours de plus en plus fréquent à l’adoption, une force nouvelle : « J’abhorre le flambeau dont je veux m’éclairer. / Je crains de me connaître, et ne puis m’ignorer... »
 
 

A LA SOURCE DU MYTHE

Nous avons choisi, pour retrouver la fraîcheur, la naïveté, mais aussi la violence et la crudité du mythe originel, de mettre en relief la fable, axée, d’une scène à l’autre, sur une montée du suspense et une révélation progressive de la vérité — aveuglante : alors qu’Œdipe croit s’être comporté en homme libre et vertueux, il découvre, à l’issue de son enquête, que les dieux, toujours, se sont joués de lui… et il se crève les yeux. Son cri de révolte (« Impitoyables dieux, mes crimes sont les vôtres / Et vous m’en punissez ! ») nous pose question : qu’en est-il de notre liberté ? Sommes-nous des êtres manipulés — par les dieux bons ou mauvais de notre enfance, de notre éducation ? Enfin, tout en respectant le langage de l'alexandrin, dont aucun pied ne sera tronçonné (il marchera, dansera et bondira sur ses douze pattes aux ressources merveilleuses), nous avons voulu l'apprivoiser, le parler, l'assimiler pour lui redonner vie dans le chant de nos muscles, de nos nerfs et de nos artères — afin qu’il acquière l’évidence d’un langage poétique contemporain.


UN ONIRISME CONTEMPORAIN

Une image m’est d’emblée apparue, au début de la pièce : celle d’un voyageur qui, desperado ou samouraï, échoue dans un no man’s land crépusculaire ; un pays, Thèbes, où règne la peste, où grouillent les rats, où retentissent les clameurs des mourants ; un monde qui évoque à la fois le western (où l’étranger devient l’incarnation, pour la cité, de l’Ennemi) et l’horreur ou la science-fiction ; un lieu apocalyptique qui, aujourd’hui, pourrait être la bande de Gaza ou l’île d’Haïti dévastée par un tremblement de terre… Quant aux anathèmes du grand prêtre, ils renvoient aux prêches de tous les bellicistes religieux. Ces images, en suscitant un imaginaire d’aujourd’hui, nous défont aussi des couches de préjugés accumulés sur les pièces de Voltaire.
Avec Charlotte Villermet, la scénographe, nous avons envisagé un espace global qui, onirique, abolisse la séparation entre la scène et la salle. Un lieu unique, éruptif, couleur de cendre et de lave. La matière du sol, constituée d’un latex cousu, recousu, semble faite d’une accumulation de pansements sur un corps blessé, meurtri, couturé de cicatrices : il faut qu’une impression de danger, de contagion rampante, en émane. À jardin, une petite éminence derrière laquelle apparaissent au lointain les personnages, d’où le roi et le grand prêtre haranguent le peuple de Thèbes. Au centre, descendant des cintres, comme si elle avait éventré le plafond, une branche d’arbre foudroyé. Quant aux costumes, intemporels, ils évoquent à la fois le monde contemporain et une époque très éloignée : des matières naturelles, mais élimées ; des tons gris, où contraste le rouge incestueux de la robe de Jocaste.


UN CHŒUR DE SPECTATEURS

Le chœur, dans Œdipe, n’est pas incarné par les acteurs, mais par le public lui-même : avec Andrea Cohen, metteuse en ondes et compositrice de musique électro-acoustique, nous avons imaginé une mise en espace des voix du chœur qui, émanant de la salle elle- même, intègre les spectateurs dans le dispositif scénographique et les confronte à la violence de leurs propres pulsions.


Jean-Claude SEGUIN

 

 
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