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    NOUS TZIGANES  
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  Je viens, je ne sais où,
Je suis, je ne sais qui,
Je meurs, je ne sais quand
Et je m’étonne d’être heureux.

Adage tsigane

Si vous vous projetez dans la vie d’un autre, il vous sera difficile de le détruire.
Puisque cet autre, c’est vous.

Toni Morrison, Prix Nobel 1993.

Les nomades n'ont pas d'histoire, ils ont seulement de la géographie.
Gilles Deleuze, Dialogues

 
 

 

A LA DECOUVERTE D'UNE CULTURE

L’ignorance qui pèse sur ce peuple divers, souvent rejeté, dont l’identité, miraculeusement, s’est préservée au cours des siècles… un peuple qui, en refusant de se complaire dans les douleurs du passé, a toujours vécu au présent, intensément… je crois que c’est tout cela, sans compter le désir d’aller à la rencontre de cette culture orale, si étonnante pour nous, si méconnue, si déroutante aussi, qui fut à l’origine du projet.


UNE INSTALLATION A VUE

Les Tziganes. Comment leur donner vie sur un plateau de théâtre en oubliant ce qui les meut : la musique ?
Un spectacle théâtral et musical, donc, pour une comédienne, une chanteuse-accordéoniste-comédienne et un violoniste, où texte, chant et musique se mêlent et s’entremêlent. Un trio, au sens musical du terme.

Un spectacle techniquement léger, nomade, qui s’adapte à des lieux différents. Un spectacle dont l’espace sonore évolue et se transforme, où la scénographie est plutôt un habitat éphémère, une installation sous les yeux du public : pas de décor implanté au départ.
Un spectacle nourri, aussi, de cette obstination à survivre, de cette vitalité qui, par-delà tous les malheurs subis, reste sans doute le caractère le plus étonnant de cette communauté. Un spectacle, donc, qui allie la dimension festive et la force d’une parole libre.
Pas de quatrième mur : les comédiens s’adressent directement aux spectateurs. Usant tour à tour de la provocation, de la rouerie et de la séduction, Marie Grudzinski incarne Maria, une matriarche manouche.
La chanteuse Alexandra Beaujard est aussi instrumen-tiste, danseuse et comédienne. Elle incarne Sevda. Avec l’accordéon, la voix ou la danse, elle relaie la parole de Maria, exprimant au-delà des mots le lyrisme, la mélancolie, de ce peuple dionysiaque. Son sens de la fête, aussi. Elle puise aux sources d’une musique dont l’influence, des Balkans à la Roumanie ou à la Hongrie, se fait encore sentir dans toute l’Europe.
Thomas Kretzschmar, violoniste et multi-instrumentiste, incarne Drago, l’homme auquel, implicitement ou explicitement, les deux femmes se réfèrent souvent. Il s’exprime plus par les sons que par les mots.
 
  JE EST UN AUTRE…

L’inconnu fait peur, la différence effraie. Le Rom semble un être à part. Etrange autant qu’étranger. Trop semblable pour laisser indifférent et trop différent pour être notre semblable.
Evangeline Masson-Diez, Micha, Elena et les autres

« En recourant au Je, pour écrire ce texte à trois voix, je transgresse un véritable tabou. Les Tziganes eux-mêmes qui, de plus en plus, en viennent à s’exprimer au-dehors, à parler pour les gadjé, à recourir même à l’écriture, sont encore aujourd’hui accusés de trahison par les membres les plus conservateurs de leur communauté : devant des étrangers, souvent perçus comme hostiles, on ne trahit pas les secrets de famille. C’est la raison pour laquelle cette parole, pour moi, doit être celle d’une femme en rébellion, parfois même contre sa propre communauté, où les hommes règnent en maîtres.
Une femme pleine de vie et de colère, qui aime à rire, à faire la fête, qui n’a pas la langue dans sa poche. Une femme qui parle d’elle, de sa vie, de ses proches, de ses morts dont la présence l’obsède. Pour écrire ce texte, je puise à de nombreux témoignages écrits et oraux de femmes gitanes, manouches, tziganes, mais la femme qui parle, sans fard, ne s’exprime qu’en son nom propre.
Si elle éprouve le besoin de raconter sa vie, c’est parce qu’elle sent bien que, avec la fin programmée du nomadisme, tout un pan de la mémoire tzigane est en train de disparaître. Si elle prend la parole, c’est aussi pour aller contre les préjugés, positifs ou négatifs, des gadjé, qui ne savent rien de ces bohémiens dont ils ont toujours fait des boucs émissaires.
A cette femme je veux donner une parole vraie ; poétique ; rugueuse aussi, voire sauvage : c’est une autodidacte qui s’exprime avec des mots simples, colorés, sans obligation de rationalité : elle se moque bien de mes convictions, qui ne sont après tout que celles d’un marionnettiste dépassé, je l’espère, par sa créature. Dans ses propos, enfin, aucun angélisme. « Chez nous aussi il y a des méchants », disent parfois les Tziganes. »
Jean-Claude Seguin

 

 
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