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Constant, inconstant, ou la Rupture impossible  
    Revue de presse...
 
texte Jean-Claude Seguin
(d’après Adolphe de Benjamin Constant, et sa correspondance amoureuse)
mise en scène Marie Grudzinski
avec
Marie Grudzinski Ellénore
Pierre-François Kettler Adolphe
Guislaine Gignoux au clavecin

« Dans Adolphe, les femmes ne voient qu'Ellénore, les jeunes gens y voient Adolphe, les hommes faits y voient Ellénore et Adolphe, les politiques y voient la vie sociale ! »
(BALZAC, la Muse du département)

 
 


Ici est né l'amour moderne*

Dans ce court récit, entre chien et loup, Constant fait, au scalpel, l'anatomie d'une relation inégale, en souffrance. Il met à nu les rouages de l'horlogerie amoureuse, et nous renvoie aux paradoxes du réel. Personne, mieux que lui, n'aura su rendre compte, avec une telle ironie et une telle sensibilité, de l'ambivalence des pulsions.
Pour se désennuyer, Adolphe décide de séduire Ellénore, plus âgée que lui. En feignant de l'aimer, il devient amoureux. Elle succombe, et lui sacrifie tout. Il rêve de la quitter, la pitié - ou quels autres liens, plus secrets ? - le retient. Sur la rive, indécis, alors qu'elle se noie dans le fleuve…
Cette histoire d'un homme « en fuite », et le décalage, ou l'abîme, entre son discours et celui de la femme qui l'aime - qu'il aime ? -, nous ont semblé concerner au plus près nos contemporains. Après la grande vague du féminisme, où en sont, aujourd'hui, les relations entre hommes et femmes?

Fidèle, infidèle (notes sur l'adaptation)

Adolphe : une liaison dangereuse contée par l'homme seul. Afin de donner la parole à Ellénore, qui s'exprime peu dans le roman, nous avons eu recours à la correspondance amoureuse de Constant (avec Anna Lindsay, Julie Talma, Charlotte de Hardenberg ou Mme de Staël).
Le but : d'une façon musicale, concise et tendue, opposer deux langages, deux visions de l'amour. Confronter, aussi, les comportements (dialogues repris tels quels, déplacés ou imaginés) avec les commentaires (fragments de lettres ou de journaux intimes) : choc d'où naîtra une étrange, et cruelle, drôlerie. Ne pas prendre parti. Mettre l'accent, au contraire, sur la problématique de la relation amoureuse. En ramassant le récit, le réduire à une fable, une épure. Ainsi avons-nous « occis » les personnages secondaires, et brisé la linéarité, en recréant un temps onirique, théâtral, entre présent et passé — par opposition à celui, quasi instantané, des scènes elles-mêmes, plus « documentaires » : la netteté du flash-back, dans le flou de la mémoire.
La technique s'apparente, ici, à celle du collage, où l'artiste s'attache à gommer, à effacer la frontière entre parties collées ou peintes — ce qui, au fond, revient à faire œuvre de… faussaire. Le texte, enfin, soumis à l'épreuve de la lecture, puis confronté au travail sur le plateau, s'est affûté au fil des répétitions.

* A. SUARES, Portraits et préférences, Gallimard, 1991.
 
 
Vive les ruptures (notes de mise en scène)

Le décor, réduit au minimum, laissera le champ libre à l'imagination, à la suggestion. Priorité au jeu, au sourd combat du mort et du vif, du dit et du non-dit. Place au comédien !
Adolphe est un texte dérangeant, à mi-chemin entre romantisme et libertinage, où les pulsions, inavouées ou inavouables, se fraient un chemin tortueux, essaient de parler à voix haute. Pesanteur n'est pas, selon nous, synonyme de profondeur: ainsi avons-nous opté pour le clavecin — dont la tonalité acide, légère, enlevée, libertine, étrangement moderne, crée à elle seule un contrepoint ironique, à mille lieues du pathos, de la redondance ou de l'effusion sentimentale. La claveciniste est, ici, un personnage à part entière. En robe XVIIIe (contrastant, ou même jurant, avec les costumes premier Empire des comédiens), elle suscite, ponctue et clôt la représentation. Tiers inclus-exclu de la relation amoureuse, elle la met en scène, en mouvement. Sa musique (baroque, dans laquelle s'insinuent les dissonances de Bela Bartok) scande l'écoulement du temps, et marque les changements de lieu. Si les comédiens, quant à eux, s'impliquent totalement dans l'interprétation (nous n'avons surtout pas voulu escamoter la dimension tragique du roman), la mise en scène, en multipliant les ruptures, de ton, de rythme ou de point de vue, crée la distance, et l'humour — parfois cruel : ce va-et-vient, cet aller-retour, a guidé le travail d'écriture, de mise en scène et d'interprétation.
Constant, inconstant a été composé comme une partition où gestes, paroles, musique, lumières se répondent, tissant une toile d'araignée dont les fils, invisibles et tendus, nous relient tous l'un à l'autre — ainsi qu'au spectateur, bien entendu…

 

 
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